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Tirer la politique culturelle de la grande région vers le haut

Point d’actualité sur la mobilisation de la Coordination régionale des lieux intermédiaires et indépendants de la région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées (CRLII-LRMP)

Ce regroupement d’acteurs culturels informel compte aujourd’hui une trentaine de membres implantés à parité sur les deux ex-territoires des régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Le champ couvert est large : spectacle vivant (théâtre, marionnettes, cirque, musiques), arts dans l’espace public, arts visuels et structures pluridisciplinaires.

La coordination s’est réunie quatre fois entre juin 2015 et février 2016, sous l’impulsion d’une cellule resserrée constituée là encore d’acteurs languedociens et midi-pyrénéens.

Contact : crlii.lrmp(-at-)gmail.com

Genèse

La Coordination régionale LRMP s’appuie à la fois sur des liens préexistants à la fusion régionale entre quelques acteurs des deux régions qui ont donné lieu à des échanges d’information et sur des dynamiques collectives croisées plus ou moins récentes : les rencontres performatives de novembre 2013 à la Friche de Mimi (cf. synthèse multimédia en ligne sur le site artfactories.net) ont par exemple contribué en Languedoc-Roussillon à la cristallisation d’une première fédération d’acteurs expérimentant de nouvelles manières de faire art et culture, tandis que l’expérience du Couac (collectif fondé dès 2001) sur l’agglomération toulousaine a permis d’être un facteur accélérateur sur les premières tentatives de dialogue interrégional.

C’est à la suite du forum national de Mantes la Jolie en début d’année 2014 et de la constitution de la Coordination nationale, que quelques acteurs volontaires (Théâtre le Périscope à Nîmes, avec le concours de Réseau en Scène , Mix’Art Myrys à Toulouse…) ont souhaité anticiper le moment politique de la fusion régionale et identifier/travailler collectivement les enjeux à l’échelle de la future grande région.

On peut citer à ce titre le premier rendez-vous organisé à Toulouse le 16 juin 2015 « Fusion des régions et champ intermédiaire ». En suivant, la rencontre du 16 juillet en Avignon (Villeneuve-lès-Avignon) a permis de remobiliser les acteurs languedociens et midi-pyrénéens pour formaliser un début de coordination LR/MP.

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Ce travail a notamment permis d’obtenir des rendez-vous avec plusieurs têtes de listes lors de la campagne électorale de 2015 (Carole Delga – PS, Philippe Saurel – divers gauche, Christian Cavard – liste « Bien Commun »…).

Dans la foulée, plusieurs organisations dont la Coordination Régionale (en cours de structuration), avec le Syndeac, la CGT spectacle, du SMA, du Synavi, du Cipac, du Snsp, de la Fédération régionale des Arts de la rue, ont organisé une journée d’ateliers et de débat avec les principales têtes de listes.

Télécharger le compte rendu synthétique de ce débat organisé au Théâtre de la Vignette à Montpellier le 9 octobre 2015

Un mois plus tard, le 9 novembre 2015, la Coordination régionale LRMP s’est réunie à Toulouse à Mix’Art Myrys.

Structures représentées : Mix’Art Myrys (Toulouse), Lieu Commun (Toulouse), Les Voix du Caméléon (Lot), Cie Rouge les Anges (Toulouse), Couac (Toulouse 31), Théâtre Le Périscope (Nîmes), Espace o25/rjj (Loupian – 34), L’Atelline (Montpellier), Melando (Saint Martin de Londes – 34), Collectif IPN (Toulouse), Théâtre le Ring (Toulouse), U-Structure nouvelle (Montpellier), Arto (Ramonville 31), ARTfactories/Autre(s)pARTs (Toulouse – France).

A cette occasion, les éléments d’information sur les travaux et l’actualité de la Coordination nationale ont pu être transmis par les acteurs engagés à ce niveau. Travail de rédaction de la Charte et d’un référentiel, Assises de la Jeune Création, Loi NOTRe (et son article 103), Loi sur la Liberté de Création, Architecture et patrimoine (dossier sur le site du Sénat)… préparation d’un deuxième forum à Lyon au printemps 2016. Un large tour d’horizon a ainsi permis de recontextualiser la dynamique interrégionale.

Chacun a pu également prendre conscience qu’un travail d’interconnaissance, d’information et d’affirmation d’un faire-ensemble s’avèrait nécessaire pour amplifier la dynamique existante et poser les bases d’une politique culturelle renouvelée, qui prenne véritablement en compte les enjeux portés par les lieux intermédiaires et indépendants.

Au cours de ces réunions, les acteurs ont validé le fait de se fédérer via un principe d’autodétermination, chacun étant invité à s’identifier au préalable sur la cartographie en ligne, ce qui suppose d’être d’accord et de se reconnaître dans les valeurs portées par la Charte.

Qui sont les « lieux intermédiaires » ?

La volonté affirmée par la ministre Fleur Pellerin à l’issue des Assises de la Jeune Création de voir de nouvelles mesures opérationnelles se concrétiser s’est manifestée par l’annonce dans la Loi de finances 2016 d’une enveloppe financière de 2,5 millions d’euros.

En 2016, 2,5 M€ seront consacrés au soutien du compagnonnage artistique et des « tiers lieux », dont le rôle en matière de repérage artistique est essentiel.
(extrait du Projet de loi de finances 2016 – page 20)

Mais vers quels types d’acteurs ou quelles types d’actions orienter cette nouvelle et modeste enveloppe ? Et surtout selon quelle logique de politique publique ?

Après l’annonce de la ministre, le Ministère de la Culture a sollicité la DGCA (Direction générale de la Création Artistique) qui a sollicité les Dracs (Directions régionales des affaires culturelles) afin de faire remonter via leur repérage une liste de lieux pouvant bénéficier de cette nouvelle ligne.

Dans le contexte de fusion régionale, et par conséquent des DRACS, la décision a été prise au sein de la Coordination régionale d’interpeller à notre tour la DRAC LRMP afin de l’informer de notre mouvement d’acteurs fédérés et de proposer notre concours dans la méthodologie de ce repérage. Un rendez-vous est proposé le 25 mars 2016.

Lieux / espaces-projets / champ intermédiaire

La coordination a poursuivi sa mobilisation. Une nouvelle réunion s’est tenue à la Scène Nationale de Narbonne, un mi-chemin favorable au plus de gens possible et un mi-chemin entre lieux intermédiaires et lieux labellisés favorable à plus d’intelligence à venir…

Structures représentées ou excusées : Théâtre le Périscope (Nîmes), L’Atelline (Montpellier), Association Melando (Saint-Martin-de-Londres 34), Théâtre 2 l’Acte / Le Ring (Toulouse), Arto (Ramonville 31), Odradek-Cie Pupella Nogues (Quint Fonsegrives – 31), Rudeboy Crew (Le Bleymard 48), L’Oeil du Silence / Espace Appia (Anglars-Juillac 46), Mix’Art Myrys (Toulouse), La Friche de Mimi (Montpellier), Zepetra (Montpellier), L’Aire (Montpellier), Arema LR (Vergèze 30), Bouillon Cube (Causse-de-la-Selle 34), Volubilo (Graulhet 81), Théâtre dans les vignes (Couffoulens 11), Mapcu (Toulouse), ARTfactories/Autre(s)pARTs (Toulouse), U-struture nouvelle (Montpellier), Derrière le Hublot (Capdenac 12/46), Aperto (Montpellier), Les voix du caméléon (46), IPN (Toulouse), Le Vent des Signes (Toulouse), Espace o25rjj (Loupian 34)

L’objet de notre mobilisation se situe d’abord à l’endroit de la proposition/contribution à transformer les politiques culturelles. Le travail politique (plutôt que «lobbying») agit à 2 niveaux : vers les pouvoirs publics, représentants élus et techniciens, mais aussi en interne, pour éclaircir nos modes d’engagement, notre « éthique », que véhiculent nos pratiques. De là, nos enjeux principaux sont d’abord de faire reconnaître les lieux intermédiaires comme des lieux indispensables dans les processus de création, et dans le rapport au territoire et aux populations. Comment ces lieux participent (pourraient mieux participer) d’une mise en œuvre d’une nouvelle politique publique : financements de lieux ? de lieux associés à des équipes artistiques ? des projets ? Comment ces projets revisitent les relations au territoire, aux habitants ?

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La notion d’intermédiaire fait écho à nos manières de faire entre structures, entre espaces-projets et habitants, en interrelation permanente… « Intermédiaire » ne saurait renvoyer à un « entre deux » défini comme l’espace entre le « rien » et « l’institution », sur un principe ascendant.

A l’occasion de ce dernier échange, nous avons largement débattu de l’intérêt de défendre (ou non) la notion d’intermédiaire depuis les seuls « lieux ». Car des initiatives au plus près des territoires existent déjà sans être forcement reliées à des « lieux ». Ne devrait-on pas sortir de ce seul terme de « lieux » pour voir plus large : « champ » ou « espace-projet » ? Ce choix des mots impliquera des manières de définir, de qualifier, de rendre visible.

2016 > 2021, un mandat régional

2016 se présente comme une année charnière. Les nouveaux élus ont peu de temps pour définir un calendrier, des actions, une politique. Si nous voulons appuyer à cet endroit là, il nous faut être en capacité d’être proposant et constructifs. Un discours que partage sur le principe Dominique Salomon, vice-présidente du Conseil Régional en charge de la culture, du patrimoine et des langues régionales, qu’une délégation de notre coordination régionale a pu rencontrer début février.

Nous avons aussi évoqué le fait que d’autres organisations de professionnels (comme par ex. la Fédération régionale des Arts de la Rue LR/MidiPy nouvellement créée sous le nom de Pôle Sud) portaient le même type de réflexion et le souhait de participer à la définition des politiques publiques de la culture en région. Des échanges devront pouvoir s’organiser pour plus d’intelligence collective sur le territoire.

Montrer la réalité et convaincre de la pertinence et fragilité de notre action au quotidien, et avec quels moyens, est un vrai travail de technicité. Il ne s’agit donc pas « juste » de défendre de nouveaux principes de politique publique de la culture mais d’avancer sur la traduction de cette politique en actes dans un écosystème à la fois riche mais fragile : quels moyens concrets ? quelles logiques d’intervention ? quelles articulations ? quelle complémentarité entre lieux institués et lieux instituants ? quels effets leviers est-on en mesure d’imaginer ? Et comment répondre dans le même temps aux problématiques de lieu, de relogement, de foncier… dans un contexte qui voit des structures à deux doigts de mettre la clé sous la porte malgré des conventions triennales. Désengagements/suppressions pures et simples de certaines lignes de financement au niveau des départements dans d’autres régions… et chez nous, où en sommes-nous ?

La coordination régionale a de longs jours devant elle…

Contact : crlii.lrmp(at)gmail.com